Don d'ovocytes et double donParcours PMAPsychologie
Le recours au don d’ovocytes ou au double don marque une étape singulière dans un parcours de PMA. Il ne s’agit pas uniquement d’un changement de protocole médical, mais d’un basculement psychique profond, qui vient toucher l’identité, la filiation, le rapport au corps et le sens même du projet de maternité.
Si ces options ouvrent des perspectives concrètes et souvent salvatrices sur le plan médical, le recours au don d’ovocytes et au double don soulèvent également des enjeux psychologiques spécifiques, parfois complexes, toujours légitimes, et encore trop peu nommés.
Cet article propose une lecture clinique, thérapeutique et éducative de ces enjeux, afin de mieux comprendre ce qui se joue intérieurement lorsque le don devient une option — ou une nécessité.
Le don d’ovocytes intervient le plus souvent à un moment où les autres possibilités ont été explorées. Il est alors vécu comme un ultime recours, porteur d’un immense espoir, mais aussi comme un renoncement à une part fondamentale du projet initial.
Sur le plan psychique, le renoncement à la transmission génétique maternelle ou paternelle constitue un deuil à part entière. Un deuil rarement reconnu comme tel, car socialement invisibilisé par la perspective de la grossesse à venir. Pourtant, ce renoncement vient toucher des dimensions profondes : la continuité biologique, la projection de la filiation, parfois même la lignée familiale.
Cliniquement, ce deuil peut s’accompagner de sentiments ambivalents. Le soulagement d’une solution possible coexiste avec une tristesse, parfois une colère ou une culpabilité à l’idée de « ne pas être capable » de transmettre sa génétique. Certaines femmes expriment aussi la peur de ne pas se sentir pleinement légitimes dans leur maternité.
Reconnaître ce deuil est une étape essentielle. Il ne s’agit pas de choisir entre l’espoir et la perte, mais d’accepter que les deux puissent coexister. Faire le deuil de sa génétique ne signifie pas renoncer à être mère ; cela permet de ne pas entrer dans le projet de don en niant une partie de ce qui a été perdu.
Le recours au don introduit un tiers symbolique dans le projet parental. Même lorsque le don est anonyme, sa présence psychique est bien réelle. Elle vient interroger la représentation de la maternité, de la filiation et de l’histoire que l’on se raconte — et que l’on racontera.
De nombreuses questions émergent alors : quelle histoire vais-je transmettre à mon enfant ? Quelle place occupe ce tiers dans notre récit familial ? Comment penser cette contribution sans qu’elle prenne toute la place, ni qu’elle soit totalement effacée ?
Sur le plan thérapeutique, il est fréquent d’observer des tentatives de rationalisation rapide, destinées à apaiser l’angoisse. Pourtant, ces questions méritent du temps. Le tiers n’est pas seulement une donnée biologique ; il devient un élément du récit symbolique, qu’il est important de pouvoir élaborer.
Dans le cas du double don, ces enjeux sont souvent amplifiés. L’absence de lien génétique avec les deux parents confronte à une redéfinition plus large de la parentalité. Le projet repose alors entièrement sur l’engagement, le désir, le lien et la capacité à accueillir un enfant dans son histoire singulière.
Travailler ces représentations permet de construire un projet plus cohérent intérieurement, dans lequel la maternité ne se définit pas uniquement par la génétique, mais par la relation, la présence et l’inscription symbolique de l’enfant dans une histoire.
Le don d’ovocytes confronte également à une expérience corporelle spécifique : celle d’accueillir dans son corps un embryon issu d’un tiers génétique. Cette réalité peut susciter des réactions émotionnelles intenses, parfois difficiles à formuler.
Certaines femmes décrivent un sentiment d’étrangeté, voire une crainte inconsciente de ne pas reconnaître cet embryon comme pleinement « le leur ». D’autres redoutent une forme de dissociation corporelle, comme si le corps devenait un simple contenant, dissocié de l’identité maternelle.
Ces ressentis ne traduisent pas un manque de désir d’enfant. Ils témoignent d’un processus d’ajustement psychique nécessaire pour intégrer cette nouvelle réalité corporelle. Sur le plan thérapeutique, il est essentiel de redonner une place centrale au corps vécu, ressenti, habité, et non uniquement au corps médicalisé.
L’accompagnement permet de restaurer un lien plus sécurisant avec le corps, de sortir d’une vision instrumentale et de réinscrire la grossesse à venir dans une continuité corporelle et émotionnelle.
Le recours au don confronte enfin à une limite corporelle souvent douloureuse à reconnaître. Il vient activer un sentiment d’échec, d’incapacité, voire d’injustice : « mon corps ne peut pas », « je n’y arrive pas », « je ne suis pas capable ».
Cette confrontation peut ébranler profondément l’estime de soi et l’identité féminine, particulièrement dans des sociétés où la maternité reste étroitement associée à la capacité biologique.
Sur le plan clinique, il est fondamental de différencier la limite biologique de la valeur personnelle. Le corps n’est pas défaillant au sens moral du terme ; il rencontre une limite physiologique, qui n’annule ni le désir, ni la capacité à être mère.
Un travail thérapeutique permet de déplacer le regard : passer d’une lecture en termes d’échec à une reconnaissance de la réalité corporelle, sans effondrement narcissique. Cela ouvre la possibilité d’un projet de maternité plus apaisé, moins chargé de honte ou de culpabilité.
Le don d’ovocytes et le double don ne sont pas de simples alternatives techniques. Ils constituent des expériences psychiques à part entière, qui méritent un espace d’élaboration spécifique.
Prendre le temps de travailler ces enjeux — deuils, représentations, rapport au corps, limites — ne conditionne pas le succès médical. En revanche, cela permet d’entrer dans le projet avec plus de cohérence intérieure, de sécurité émotionnelle et de stabilité.
Parce que devenir mère par le don n’est pas une maternité « différente ». C’est une maternité qui se construit autrement, et qui mérite d’être accompagnée avec la même attention.
Le don d’ovocytes implique des renoncements symboliques importants. Ressentir de la tristesse, de la colère ou de l’ambivalence est fréquent et ne remet pas en cause le désir d’enfant ni la capacité à être mère.
Non. Le lien maternel se construit dans la relation, la grossesse, la présence et l’histoire partagée. La génétique n’est qu’un élément de la filiation, pas son fondement.
Le double don peut intensifier certaines questions identitaires liées à la filiation. Cela ne signifie pas qu’il est plus difficile, mais qu’il nécessite souvent un temps d’élaboration émotionnelle spécifique.
Non. Le deuil est rarement total avant l’entrée dans le parcours. L’essentiel est qu’il soit reconnu et légitimé pour éviter qu’il ne ressurgisse de manière envahissante.
Il n’est pas obligatoire, mais il constitue une ressource précieuse pour traverser les enjeux émotionnels du don avec plus de sécurité et de stabilité intérieure.
Odyssée Fertile – Accompagnement émotionnel autour du don
Au sein d’Odyssée Fertile, j’accompagne les femmes engagées dans un parcours de PMA avec don d’ovocytes ou double don, en France comme à l’étranger, à travers des accompagnements centrés sur la libération psycho-émotionnelle, le travail des deuils invisibles et l’intégration psychique du projet.
L’objectif n’est pas d’accélérer une décision ni d’imposer une acceptation, mais d’offrir un espace sécurisant pour traverser ces enjeux avec plus de clarté, de continuité et de respect de soi.
Le recours au don d’ovocytes ou au double don marque une étape singulière dans un parcours de PMA. Il ne s’agit pas uniquement d’un changement de protocole médical, mais d’un basculement psychique profond,...